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🗺️ ATLAS DES CONCEPTS — Géométrie & analyse · Tous niveaux
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Les courbes de poursuite

Quatre insectes qui se courent après

🐞 Lâche les coccinelles et regarde-les spiraler

N insectes aux sommets d'un polygone régulier. Chacun marche droit vers son voisin, à vitesse égale. Leurs traces dessinent des spirales logarithmiques qui convergent vers le centre.

Côté restant

100 %

Tours effectués

0.0

Distance parcourue

0 %

Chaque insecte vise toujours son voisin. La symétrie est conservée à chaque instant : le polygone reste régulier, mais rétrécit et tourne.

🐾 Le problème des quatre insectes

C'est un grand classique, qu'on raconte avec des chiens, des souris, des coccinelles ou des escargots. L'énoncé est d'une simplicité désarmante : place quatre insectes aux quatre coins d'un carré. Au top départ, chacun se met à marcher en ligne droite vers son voisin (toujours le suivant dans le sens des aiguilles d'une montre), tous à la même vitesse.

Comme la cible bouge en permanence, chaque insecte doit corriger sa direction à chaque instant. Le résultat est une danse : les quatre trajectoires s'enroulent en spirales, elles convergent vers le centre du carré, et les insectes s'y rencontrent tous en même temps.

La clé, c'est la symétrie. Comme tous les insectes obéissent à la même règle, la figure reste à chaque instant un carré parfait — simplement plus petit et tourné d'un certain angle. On dit que la configuration subit une homothétie (rétrécissement) combinée à une rotation. C'est exactement la recette d'une spirale logarithmique.

🌀 La spirale logarithmique, courbe « équiangle »

La trajectoire de chaque insecte est une spirale logarithmique. En coordonnées polaires (r, θ) centrées sur le point de rencontre, elle s'écrit :

r(θ) = a · e−k·θ

Le rayon décroît de façon exponentielle quand l'angle θ augmente.

Son surnom est « spira mirabilis » (la spirale merveilleuse), donné par Jacob Bernoulli. Sa propriété la plus belle : c'est une courbe équiangle. En tout point, l'angle entre la spirale et le rayon issu du centre est constant. Pour les quatre insectes du carré, cet angle vaut 45°, exactement la moitié de l'angle au sommet du carré (90°).

Cette même spirale se retrouve partout dans la nature : la coquille du nautile, l'enroulement d'une galaxie spirale, la disposition d'un tournesol, le vol d'un faucon qui fond sur sa proie. C'est la signature géométrique d'une croissance qui se répète à toutes les échelles.

😮 Le fait surprenant : une distance FINIE

Voici le résultat qui déconcerte tout le monde. Les insectes tournent autour du centre une infinité de fois — la spirale fait un nombre infini de tours avant d'atteindre le centre. On s'attendrait donc à ce que le chemin parcouru soit infiniment long.

Et pourtant : pour le carré de côté L, chaque insecte parcourt exactement une distance de L. La longueur totale du trajet est précisément égale au côté initial du carré !

Une infinité de tours, mais une longueur finie. La coccinelle spirale sans fin autour du centre, et pourtant elle ne marche qu'une distance égale au côté du carré. Une spirale logarithmique a beau s'enrouler indéfiniment, sa longueur jusqu'au centre converge.

💡 Pourquoi exactement le côté du carré ?

L'argument est lumineux et n'utilise presque aucun calcul. Regardons un insecte A et sa cible B, sa voisine. À chaque instant, A se dirige droit vers B. Mais B, elle, se dirige vers C — donc B se déplace perpendiculairement à la ligne A→B (dans le carré, les deux directions de poursuite font un angle de 90°).

Conséquence décisive : la vitesse de B n'a aucune composante le long du segment A→B. Du point de vue de A, la cible ne s'éloigne ni ne se rapproche par son propre mouvement. La distance A→B diminue donc uniquement à cause de l'avancée de A, à la vitesse v de l'insecte.

La distance qui sépare A de sa cible décroît à vitesse constante v, comme si la cible était immobile ! Cette distance vaut L au départ. Elle s'annule donc après un temps t = L / v. Pendant ce temps, A a parcouru v · t = L. CQFD.

Pour un polygone régulier à N côtés, l'angle entre la direction de poursuite et le mouvement de la cible change. La composante de rapprochement vaut alors v · (1 − cos(2π/N)), et la distance parcourue par chaque insecte devient L1 − cos(2π/N). Pour N = 4 (le carré), cos(90°) = 0 et l'on retrouve bien L.

📐 Le lien avec l'analyse

Derrière cette danse se cache une famille d'outils que tu rencontres en analyse :

  • Courbes paramétrées : la position de chaque insecte est un point (x(t), y(t)) qui dépend du temps. La trajectoire est une courbe que l'on trace en faisant varier t.
  • Équations différentielles : la règle « je vise toujours ma cible » se traduit par un système d'équations sur les dérivées x′(t) et y′(t). Le vecteur vitesse pointe vers la position courante de la cible — c'est une équation différentielle vectorielle.
  • Coordonnées polaires : en passant en (r, θ), le système se simplifie énormément. On obtient dr/dθ proportionnel à r, dont la solution est l'exponentielle e−k·θ.
  • Longueur d'arc et intégrales : calculer la distance parcourue revient à intégrer la norme de la vitesse. L'intégrale, bien qu'elle porte sur une infinité de tours, converge — un bel exemple d'intégrale impropre convergente.

🚀 Où la poursuite sert vraiment

Les courbes de poursuite ne sont pas qu'un jeu. Suivre une cible mobile est un problème d'ingénierie central :

  • Missiles à guidage par poursuite : la stratégie la plus naïve, dite « pure pursuit », consiste pour un missile à toujours pointer son nez vers la cible. C'est exactement la règle des insectes — et elle engendre les mêmes courbes de poursuite.
  • Robotique et véhicules autonomes : l'algorithme « pure pursuit » est un classique pour qu'un robot ou une voiture autonome suive une trajectoire de référence en visant un point un peu en avant sur le chemin.
  • Navigation et interception : prédateurs, drones, jeux vidéo — dès qu'un agent en chasse un autre, la géométrie de la poursuite réapparaît.
  • Biologie du comportement : certains insectes et oiseaux prédateurs suivent réellement des courbes proches de la poursuite pure pour attraper leurs proies.

Quatre coccinelles qui se courent bêtement après produisent une spirale logarithmique — la même que dans les coquillages et les galaxies — tournent une infinité de fois autour du centre, et pourtant chacune ne marche qu'une distance égale au côté du carré. Un problème d'enfant qui touche à la géométrie, à l'analyse, aux équations différentielles et au guidage des missiles. Voilà toute la beauté des mathématiques en une seule image.

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