Chapitre extrait du Tome 5 — Arithmétique du livre « Objectif Olympiades de Mathématiques » de Mohammed Aassila. Réservé aux élèves se préparant aux concours d'olympiades de niveau lycée.
1.2 Congruences
Définition
Soient , . On dit que est congru à modulo , et on note si et seulement si divise . Ainsi :
Exemples : ; .
Proposition
Pour tout , la relation est une relation d'équivalence dans . Pour tout , on note au lieu de .
☐ Pour tout , on note la classe de dans :
Proposition
Soit . On a, pour tout : $$\begin{cases} a \equiv b \pmod{n} \\ c \equiv d \pmod{n} \end{cases} \Rightarrow \begin{cases} a + c \equiv b + d \pmod{n} \\ ac \equiv bd \pmod{n} \end{cases}$$
Preuve
Supposons et , alors il existe tel que et .
➀ et , donc .
➁ et , donc .
Corollaire
Proposition
est un anneau commutatif.
Exemple
Pour tout entier naturel : est un multiple de .
En effet, , donc , et par suite .
Plus généralement, si divise , alors divise . Dans cet exemple on a pris et .
Exemple (Généralisation)
Pour tout entier , est un multiple de .
En effet, , d'où :
En conclusion, .
Proposition (critères usuels de divisibilité)
Soit avec, pour tout , .
- est un multiple de si, et seulement si, est un multiple de .
- est un multiple de si, et seulement si, la somme des chiffres est un multiple de .
- est un multiple de si, et seulement si, est un multiple de .
- est un multiple de si, et seulement si, est un multiple de .
- est un multiple de si, et seulement si, la somme des chiffres est un multiple de .
- est un multiple de si, et seulement si, la somme alternée des chiffres est un multiple de .
Preuve
Il suffit de remarquer que , , , , et pour obtenir le reste de modulo le diviseur concerné. En effet :
☐ car pour tout ,
☐ car pour tout ,
☐ car pour tout ,
☐ car pour tout ,
☐ car pour tout ,
☐ car pour tout .
Proposition (formule de Bernoulli)
- Soient et , alors : .
- Soient et un entier naturel impair, alors : .
➀ Cela découle immédiatement de la formule :
➁ Pour impair, on peut écrire , la formule précédente peut être réutilisée de la manière suivante : c'est-à-dire , d'où le résultat.
Corollaire
Soient , et un diviseur (positif) de . Alors, pour tout on a : .
En effet, est un diviseur de donc il existe tel que . Par suite :
donc on a bien .
Exemple
Montrer que est divisible par et par .
On applique le corollaire ci-dessus. est un diviseur de donc divise . De même, est un diviseur de , donc divise .
Théorème 1
Soit un entier non nul. Il existe une unique paire d'entiers, avec et impair, telle que : .
Démonstration
On commence par montrer l'unicité. Supposons que avec et impairs. Supposons, par l'absurde, que . On peut supposer, sans perte de généralité, que , alors est pair, contradiction. Ainsi, et .
Pour montrer l'existence on considère l'ensemble des puissances de qui divisent . Cet ensemble est fini car si alors . Il y a donc un plus grand élément tel que . On écrit pour un entier . Si est pair, alors pour un certain entier et alors , en contradiction avec la maximalité de . Donc est impair, ce qui termine la preuve.
☐ Si et sont des entiers tels que est une puissance de , i.e., pour un certain , alors et (mais non nécessairement et ) sont des puissances de .
☐ Si est pair, et est un entier impair divisant , alors divise (découle de l'unicité dans le théorème ci-dessus).
Théorème 2
Si est un entier impair, alors pour tout on a : .
Démonstration
On a : . Comme est impair, est un multiple de , et chacun de est un multiple de , donc est un multiple de .
Les deux théorèmes ci-haut ont beaucoup d'applications, on en donne quelques exemples :
Exemple
Soit un entier. Montrer que est impair si, et seulement si, .
Posons, pour simplifier, .
⋄ Si est impair, alors est un multiple de pour , par suite est un multiple de et alors .
⋄ Supposons que est pair et écrivons avec et impair. Si est impair, alors , tandis que si est pair, alors . On déduit que : , et alors ne peut pas diviser .
Exemple
Montrer que si alors n'est pas un entier.
Soient le produit de tous les entiers impairs plus petits ou égaux à , et le plus grand entier tel que . On affirme que n'est pas un entier. Si avec , alors peut s'écrire sous la forme avec et est un entier impair. Donc, , d'où est un entier. Par conséquent pour un certain entier . Or est impair, d'où n'est pas un entier. En conclusion, n'est pas un entier.
Exemple
Existe t-il un polynôme , à deux variables, et à coefficients entiers, tel que :
(i) l'équation n'admet pas de solutions entières,
(ii) pour tout , il existe des entiers tels que : ?
La réponse est oui. On montre que répond à la question. Les solutions de sont et , donc pas de solutions entières. Maintenant, soit , et écrivons avec et impair. Puisque , alors :
donc on peut écrire pour un certain entier . En prenant (un entier car impair), on obtient : un multiple de .
1.3 Exemples
Exemple
Soit . Montrer que :
⋄ si est pair, alors ou ;
⋄ si est impair, alors .
⋄ Si (), alors , donc , d'où ou .
⋄ Si (), alors , donc car est pair vu que ou est pair.
Exemple
Montrer que, pour tout , est un entier divisible par .
On a :
Comme, pour tout , et sont distincts et inférieurs à , le rationnel est un entier.
Exemple
Montrer que :
On utilise une récurrence sur . La propriété est immédiate pour . Supposons-la vraie pour un . Comme :
il suffit alors de prouver que . Parmi les nombres consécutifs , il y en a qui sont pairs, et l'un de ces derniers est multiple de .
Remarque : on peut aussi utiliser le fait que .
Exemple
Déterminer tous les entiers tels que .
On se propose de montrer que le seul entier vérifiant cette propriété est . Tout d'abord, il est clair que est divisible par . Réciproquement, en notant et , alors , par suite :
donc on peut écrire pour un certain entier . En prenant (un entier car impair), on obtient : un multiple de .
Exemple
Soit tel que . Montrer qu'il existe tel que : et .
Posons . Pour qu'il existe tel que , il suffit que contienne au moins nombres consécutifs (parmi lesquels il y aura alors un multiple de ).
Puisque , il suffit de montrer que pour tout entier . Cela se fait sans grandes difficultés grâce au raisonnement par récurrence.
Exemple
Soit tel que . On suppose que divise . Montrer que .
Posons , alors il existe tel que et . Par suite :
Exemple
Montrer que, pour tout , est un entier divisible par .
En notant , , et , alors est une suite récurrence linéaire du second ordre à coefficient constants, et on a pour tout :
Comme et , il est alors clair (par récurrence à deux pas sur ) que pour tout , et même pour tout puisque et . Ainsi, pour tout ,
donc c'est un entier divisible par .
Exemple
Soient et les diviseurs de . Montrer que : .
⋄ Si est impair, avec , alors :
⋄ Si est pair, démonstration analogue.
Exemple
Montrer que pour tout , et .
Il suffit de remarquer que (si ), et chacun des facteurs () est pair, mais congru à modulo .
Exemple
Montrer que pour tout : .
Dans les questions ne faisant intervenir qu'en exposant, on peut souvent utiliser des congruences.
À savoir : On a : .
Exemple
Montrer que pour tout : .
Dans les questions mélangeant des exponentielles et des polynômes, une récurrence permettra souvent de conclure.
À savoir : En notant , on a , et si , alors :
Exemple
Montrer que pour tout : .
Notons . Alors :
où et .
Puisque , alors :
Ainsi, et , d'où .
Exemple
Soient impair et tel que . Montrer que .
On fait une récurrence sur (pour impair fixé). Pour , .
Supposons que , il existe tel que . On a alors :
Exemple
Montrer que pour tout : .
Dans on a :
Soit tel que , alors , donc , d'où : et par suite . En conclusion, si alors .
Exemple
Trouver tous les tels que : .
On a : . Or modulo on a :
En conclusion, ou .
Exemple
Trouver tous les tels que : .
Comme , la classe de modulo dépend de la classe de modulo :
En conclusion, ou .
Exemple
Trouver tous les tels que : .
Comme , la classe de modulo dépend de la classe de modulo .
D'autre part, puisque , la classe de modulo dépend de la classe de modulo . D'où le tableau :
En conclusion, ou .