Chapitre extrait du Tome 5 — Arithmétique du livre « Objectif Olympiades de Mathématiques » de Mohammed Aassila. Réservé aux élèves se préparant aux concours d'olympiades de niveau lycée.
9.1 Équations fonctionnelles et arithmétique
Définition (Fonction multiplicative)
Une fonction est dite multiplicative si pour tout premiers entre eux. Si est la décomposition de en produit de facteurs premiers, alors :
Exemples de fonctions multiplicatives :
- La fonction indicatrice d'Euler .
- La fonction de Möbius définie par
- La fonction qui calcule le nombre de diviseurs de . Si alors
- La fonction qui calcule la somme des diviseurs de . Si alors
Théorème
Si est une fonction multiplicative alors pour tout , la fonction définie par
vérifie :
L'application , où admet un inverse qui fait appel à la fonction de Möbius :
Théorème
Si est une fonction, alors il existe une unique fonction telle que , et cette fonction est donnée par :
9.2 Équations fonctionnelles et bases de numération
L'utilisation des bases de numération permet de résoudre plusieurs équations fonctionnelles. En particulier, l'écriture en base 2 d'un entier naturel permet de montrer des propriétés intéressantes.
9.3 Polynômes et arithmétique
Dans cette section, nous présentons certains problèmes d'arithmétique dont la résolution fait appel, ou utilise, les polynômes.
Théorème
Soit un polynôme à coefficients entiers. Alors le quotient est un entier pour tout entiers distincts et .
Propriétés :
- Si , alors pour tout polynôme .
- Par exemple, comme , alors .
Proposition
Soient un polynôme, et deux entiers quelconques. Alors :
- .
- .
9.3.1 Théorème de Schur
Théorème de Schur (1912)
Soit un polynôme non constant. L'ensemble des diviseurs premiers de la suite est infini.
Remarque : Il y a plusieurs façons pour démontrer ce théorème. Une méthode simple consiste à considérer le polynôme , et considérer la suite . On applique alors la même méthode d'Euclide pour montrer que l'ensemble des nombres premiers est infini. On suppose qu'il existe un nombre fini de nombres premiers , et on prend pour aboutir à une contradiction.
9.3.2 Formule du binôme
On rappelle la formule du binôme : pour tout nombres complexes , et tout entier on a :
Théorème
Si est un polynôme à coefficients entiers, alors pour tout entiers , et pour tout entier naturel on a :
En particulier, pour on a :
9.3.4 Théorème de Lagrange
Le théorème de Fermat a la conséquence surprenante que pour tout nombre premier , le polynôme possède racines distinctes modulo , à savoir . Il y a un autre polynôme ayant les mêmes racines, à savoir . Bien évidemment, et ne sont pas des polynômes égaux. Dans ce paragraphe on va définir une relation de congruence pour les polynômes à coefficients entiers, et on montrera que et sont congrus modulo . On étudiera ensuite l'application lorsque et est un nombre premier.
Définition
Soient un entier, et deux polynômes de . On dit que est congru à modulo , et l'on note , si tous les coefficients du polynôme sont des multiples de , en d'autres termes, s'il existe tel que .
Remarques :
- Si , alors pour tout . La réciproque est fausse, prendre par exemple et , alors pour tout , alors que car les coefficients de ne sont pas tous pairs.
- Les polynômes et sont congrus modulo car les coefficients de leur différence sont des multiples de . D'autre part, et ne sont pas congrus modulo pour tout différent de .
Propriété
Pour tous les polynômes , et pour tout entier on a :
- .
- Si , alors .
- Si et , alors .
- Si et , alors et .
Exemple
Pour tout , et pour tout nombre premier , on a :
D'après la formule du binôme , et le fait que pour on déduit la première relation. En appliquant, de façon répétée, la première congruence on trouve :
En utilisant le théorème de Fermat on obtient , ce qui donne la seconde relation.
Théorème (Lemme de Gauss)
Soient un nombre premier, et deux polynômes à coefficients entiers tels que . Alors, ou .
Théorème
Soient un entier, et un polynôme à coefficients entiers. Alors, si, et seulement si, il existe tel que . De plus, on peut choisir de degré inférieur ou égal à .
Théorème de Lagrange
Soient un nombre premier, et un polynôme à coefficients entiers. Si, au moins, un des coefficients de n'est pas un multiple de (en d'autres termes si n'est pas congru à modulo ), alors la congruence possède au plus solutions.
Remarques :
- La preuve se fait par récurrence sur .
- Le résultat est faux pour les congruences lorsque est un nombre composé. Par exemple, la congruence possède solutions, le polynôme étant certainement non congru à modulo .
Comme conséquence du théorème de Fermat, et du théorème de Lagrange, on a le résultat :
Théorème
Pour tout nombre premier on a :
Démonstration
Soit . Alors, car et sont unitaires de degré . D'autre part, d'après le théorème de Fermat on a : pour . Donc, d'après le théorème de Lagrange on a : .
Exemple (Roumanie)
Déterminer toutes les paires , avec , telles que est divisible par pour chaque .
Soit un diviseur premier de de sorte que pour . Si , on obtient , une contradiction. D'où, . Il s'ensuit que sont des solutions deux à deux distinctes de la congruence . Donc la congruence :
est de degré au plus et possède au moins solutions différentes. Le théorème de Lagrange implique que :
En considérant les coefficients de on déduit que . Comme , la seule possibilité est . En particulier, est un nombre premier et a un unique diviseur premier, à savoir . On va montrer que ne peut pas diviser pour tout , ce qui prouve que . En effet, notons que :
et ainsi ne divise pas .
Exemple (États-unis)
Soient un nombre premier, et des entiers tels que . Soient des entiers naturels tels que , et pour tout entier :
Montrer que les nombres sont divisibles par .
Grâce au théorème de Fermat on peut remplacer par leurs restes modulo sans changer les hypothèses ou la conclusion. Donc, on peut supposer que , et on doit montrer que . Supposons, par l'absurde, que ce n'est pas le cas. Puisque , on conclut que ou . Si , on remplace chaque avec , ce qui ne change pas l'hypothèse ou la conclusion. On peut donc supposer que . Finalement, on peut supposer que . En multipliant la congruence par , et en utilisant le théorème de Fermat on obtient :
pour tout . Puisque on a : , et ainsi par le théorème de Lagrange . Grâce au lemme de Gauss on déduit que :
Comme et , on a : , d'où s'annule en ou en . On déduit que divise ou , contradiction avec l'hypothèse. Donc, , et on obtient le résultat demandé.
L'équation
Une conséquence immédiate du théorème de Lagrange est le résultat intéressant suivant :
Corollaire
Soient un nombre premier, et un entier tel que pour tous les entiers qui ne sont pas multiples de . Alors, .
Preuve
Soit , alors et, de plus, pour tout non divisible par on a : (car par hypothèse et d'après le théorème de Fermat). Donc la congruence admet au moins solutions. Le théorème de Lagrange implique . Comme , on conclut que .
Corollaire
- Si est un entier strictement positif non divisible par , alors :
- Si est un polynôme avec , alors :
Preuve
1) D'après le corollaire précédent on peut choisir un entier qui n'est pas divisible par et tel que ne divise pas . Soit . Comme les restes de , modulo , forment une permutation de on obtient :
donc divise . Puisque ne divise pas , le résultat demandé en découle.
2) Posons pour des entiers et , alors :
D'après la première partie du corollaire, chacune des sommes est divisible par , ce qui termine la preuve.
Théorème
Soient un nombre premier, et un diviseur positif de . Alors, la congruence admet exactement solutions.
Démonstration
Comme , on peut trouver un polynôme tel que , à savoir . D'après le théorème de Fermat la congruence admet solutions. Chaque solution de cette congruence est une solution de l'une des congruences ou . D'après le théorème de Lagrange, ces deux congruences ont au plus (respectivement ) solutions. Comme elles ont, au total, solutions, on déduit que la première admet solutions et la seconde admet solutions, ce qui termine la preuve.
Exemple (Roumanie)
Soit un entier naturel. Déterminer .
Si la réponse est . On suppose dans la suite que , et soit un diviseur premier de . Si , alors la congruence admet des solutions deux à deux distinctes modulo , contradiction avec le théorème de Lagrange. Donc , en particulier , et ainsi ne peut pas diviser . Ensuite, pour tout relativement premier avec car pour et . Le corollaire ci-dessus donne . Réciproquement, si est un tel premier tel que alors pour tous les entiers et alors . En d'autres termes, on a montré que :
Exemple
Soient un nombre premier, et un polynôme tel que , et est congru à ou modulo pour tout .
Montrer que . (Proposé à l'OIM, 1997)
On suppose, par l'absurde, que ce n'est pas le cas. D'après le dernier corollaire on a :
Or le membre de gauche est congru à une somme de zéros et de uns par hypothèse, et il y a au moins un zéro et au moins un 1 dans cette somme. Il est donc impossible d'obtenir un multiple de .
Exemple (Mathematical Reflections)
Déterminer le plus petit degré possible d'un polynôme non constant, à coefficients entiers, et tel que soient tous des puissances -ième.
Soit un polynôme répondant à la question, et posons pour des entiers . D'après le théorème de Fermat on déduit que est congru à ou modulo pour tout . Supposons que , alors le dernier corollaire donne :
et puisque chacun des nombres est congru à ou modulo on déduit que sont tous congrus à modulo ou tous congrus à modulo . Donc, il existe tel que la congruence admette au moins solutions, en contradiction avec le théorème de Lagrange. Donc . Puisque vérifie clairement les propriétés requises, on conclut que la réponse est .
Théorème de Chevalley-Warning
On donne, à présent, et à titre informatif, le théorème de Chevalley-Warning :
Théorème de Chevalley-Warning (1935)
Soient un nombre premier, et des entiers strictement positifs. Soient des polynômes à coefficients entiers tels que . Alors, le nombre de -uplets tels que :
est un multiple de .
Une conséquence très utile du théorème de Chevalley-Warning est le résultat suivant, qui garantit l'existence de solutions non triviales aux systèmes de congruences polynomiales, tant que ces systèmes ont suffisamment d'inconnues et une solution triviale.
Corollaire
Sous les hypothèses du théorème de Chevalley-Warning, si pour tout alors le système :
admet une solution avec au moins un non divisible par .
Preuve
Le théorème de Chevalley-Warning garantit que le nombre de solutions du système est divisible par . L'hypothèse garantit que est une solution du système. Il s'ensuit que le système possède une solution différente de celle-ci, ce qui termine la preuve.
Exemple
Soient un nombre premier, et des entiers. Montrer qu'il existe des entiers , pas tous divisibles par , tels que : .
Conséquence immédiate du corollaire ci-dessus.
Exemple (Théorème de Erdős-Ginzburg-Ziv)
Soit un nombre premier. Montrer que, parmi n'importe quels entiers, il y en a dont la somme est un multiple de .
Nous avons déjà rencontré ce théorème au chapitre 6, on donne ici une nouvelle preuve. En appliquant le corollaire précédent à :
où sont les entiers donnés, et en choisissant , on déduit l'existence d'une sous-famille non vide de nos entiers dont la somme est un multiple de . En utilisant des arguments supplémentaires, on peut montrer qu'il existe toujours une telle sous-famille de taille exactement .