Chapitre extrait du Tome 5 — Arithmétique du livre « Objectif Olympiades de Mathématiques » de Mohammed Aassila. Réservé aux élèves se préparant aux concours d'olympiades de niveau lycée.
6.4 Théorème des restes chinois
Dans ce paragraphe on étudie les équations linéaires et les systèmes d'équations faisant intervenir des congruences. On considère, tout d'abord, les congruences du type :
où et sont des entiers donnés tels que et . On cherche les vérifiant cette congruence. Comme cas particulier on a :
Définition
On dit que est inversible modulo s'il existe tel que .
Proposition
Un entier est inversible modulo si, et seulement si, . Dans ce cas, deux inverses quelconques de , modulo , sont congrus modulo .
Preuve
Si est inversible modulo , alors il existe tel que . Donc, il existe tel que , c'est-à-dire . D'où .
Réciproquement, comme , alors d'après le théorème de Bézout il existe tels que , par suite .
Finalement, si et sont deux inverses de modulo , on a alors : , d'où . Comme alors on en déduit que . Par conséquent, admet, modulo , un seul inverse.
Corollaire
Soient et deux entiers avec premier. Alors, est inversible modulo si, et seulement si, . De plus, dans ce cas, l'inverse de modulo est unique.
Proposition
Soient des entiers avec . Si est inversible modulo , alors la congruence admet une seule solution modulo , à savoir :
En particulier, tout inverse de , modulo , est congru à , modulo .
Preuve
Si est inversible modulo , alors . Donc, en appliquant le théorème d'Euler on a :
Théorème des restes chinois
Soient des entiers deux à deux premiers entre eux. Pour des entiers arbitraires donnés , le système de congruences :
$$\begin{cases} x \equiv a_1 \pmod{m_1}\\ x \equiv a_2 \pmod{m_2}\\ \vdots\\ x \equiv a_k \pmod{m_k} \end{cases}$$
admet une solution unique, modulo . En d'autres termes, il existe un unique entier tel que vérifie le système ci-dessus si, et seulement si :
Démonstration
Notons, tout d'abord, que si et sont deux solutions quelconques du système de congruence, alors :
Or comme sont deux à deux premiers entre eux, on déduit que :
Donc, si le système de congruence admet une solution, alors elle est unique modulo .
Pour montrer l'existence d'une solution, posons, pour , de sorte que . Soient l'inverse de modulo , et . Pour un fixé, on a : dès que . Donc, modulo , on a :
Le théorème des restes chinois peut s'énoncer aussi sous la forme équivalente suivante :
Théorème des restes chinois (forme alternative)
Soient des entiers strictement positifs deux à deux premiers entre eux, , (), et des entiers. Alors, le système de congruences :
admet une unique solution
où sont des entiers tels que ().
Exemple : Entiers consécutifs avec diviseur carré
Montrer que pour tout , il existe entiers strictement positifs consécutifs tels que chacun de ces entiers possède un diviseur carré strictement supérieur à .
Comme il y a une infinité de nombres premiers, on peut trouver nombres consécutifs différents . Considérons le système de congruences suivant :
Puisque sont deux à deux premiers entre eux, alors d'après le théorème des restes chinois on sait que le système admet une solution entière strictement positive. Donc entiers consécutifs sont divisibles par respectivement.
Remarque 1 : Si nous n'utilisons pas directement les nombres premiers, nous pouvons également adopter la variante suivante. Puisque les nombres de Fermat sont deux à deux premiers entre eux, après avoir remplacé dans par (), le système de congruences correspondant a aussi une solution, ce qui donne le même résultat.
Remarque 2 : La solution de cet exemple montre une application de base du théorème des restes chinois. Il réduit le problème « trouver entiers consécutifs possédant une certaine propriété » en « trouver nombres deux à deux premiers entre eux possédant une certaine propriété », et ce dernier est plus facile à résoudre.
Exemple : Entiers non-puissances
Montrer que pour tout , il existe entiers strictement positifs consécutifs tels que tous ces nombres ne sont pas des nombres de puissance (un entier est appelé un nombre de puissance si chaque puissance d'un diviseur premier dans sa décomposition primaire est strictement supérieure à , c'est-à-dire avec pour ).
On va montrer qu'il existe entiers strictement positifs consécutifs, parmi lesquels chaque nombre a au moins un diviseur premier qui n'apparaît qu'une seule fois dans sa décomposition primaire, donc ce n'est pas un nombre de puissance. Pour cela on choisit nombres premiers différents , et on considère le système de congruences :
Puisque sont deux à deux premiers entre eux, d'après le théorème des restes chinois le système ci-dessus admet une solution entière strictement positive. Comme pour , alors . Or, par , on sait que , c'est-à-dire apparaît uniquement une seule fois dans la décomposition primaire de , par conséquent aucun de n'est un nombre de puissance.
Exemple : Fonction somme des diviseurs
Pour donné, soit le plus petit entier strictement positif tel que soit divisible par . Montrer que si, et seulement si, est une puissance de .
Si , alors d'une part
est divisible par . D'autre part, si , alors n'est pas divisible par car l'un de ou est impair et l'autre est plus petit que , donc non divisible par . Ainsi, on a montré que .
On suppose que n'est pas une puissance de , c'est-à-dire avec impair. On veut montrer qu'il existe un entier strictement positif tel que et , donc est divisible par , d'où . Pour montrer cette assertion on considère :