Méthodes et techniques avancées

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Chapitre extrait du Tome 5 — Arithmétique du livre « Objectif Olympiades de Mathématiques » de Mohammed Aassila. Réservé aux élèves se préparant aux concours d'olympiades de niveau lycée.

11.5 Saut de Viète (Vieta jumping)

Saut de Viète

Le saut de Viète (Vieta jumping en anglais) est une technique de démonstration. Elle est le plus souvent utilisée pour des problèmes dans lesquels une relation entre deux entiers positifs est donnée, avec une proposition à prouver au sujet de ses solutions. C'est une technique relativement récente dans la résolution de problèmes d'olympiades de mathématiques, car le premier à l'avoir introduite est le bulgare Emanouil Atanassov pour la résolution du problème 6 de l'OIM 1988.

Le concept de saut de Viète standard est un raisonnement par l'absurde, et plus précisément un raisonnement par descente infinie, qui se compose des trois étapes suivantes :

  1. On suppose par l'absurde qu'il existe des solutions à la relation donnée qui ne satisfont pas l'énoncé que l'on veut prouver.
  2. On prend la solution qui minimise une certaine fonction de et , généralement . L'équation est ensuite réarrangée en une équation du second degré, dont l'une des racine est , et les formules de Viète sont utilisées pour déterminer l'autre racine.
  3. On montre ensuite que l'autre racine donne une solution à la fois valide et plus petite, ce qui contredit la minimalité de la solution . Cette contradiction montre donc qu'il n'existe aucune solution ne satisfaisant pas l'énoncé.

On peut aussi interpréter ce raisonnement comme un moyen, à partir d'une solution, d'en construire une autre « plus petite », et de proche en proche une suite décroissante infinie d'entiers naturels, ce qui est absurde.

Exemple (OIM, 1988)

Soient et des entiers strictement positifs tels que divise . Montrer que est un carré parfait.

1 Soit . Nous supposons qu'il existe une ou plusieurs solutions à la condition donnée pour laquelle n'est pas un carré parfait.

2 Pour une valeur donnée de , soit une solution de cette équation qui minimise la valeur de et sans perte de généralité . On peut réorganiser l'équation et remplacer par une variable pour obtenir . Une racine de cette équation est . Par les formules de Viète, l'autre racine vérifie et .

3 L'expression montre que est un entier, et l'expression implique que puisque n'est pas un carré parfait. De on déduit que est positif. Finalement, implique que , et par conséquent, , ce qui contredit la minimalité de .

Corollaire

Si est un carré parfait, alors l'équation diophantienne :

admet des solutions entières strictement positives. Toutes ces solutions sont des paires de termes consécutifs de la suite définie par :

L'idée de la preuve est la suivante : si est une solutions entière strictement positive de (*), alors il en est de même pour .

Descente du saut de Viète

La méthode de descente du saut de Viète est utilisée lorsque nous souhaitons prouver une déclaration concernant une constante ayant une relation avec et . Contrairement au saut de Viète standard, la descente n'est pas un raisonnement par l'absurde, et se compose des quatre étapes suivantes :

  1. Le cas de l'égalité est prouvé pour que l'on puisse supposer que .
  2. et sont supposés fixés et l'expression est réarrangée sous forme d'une équation du second degré, dont l'une des racines est . L'autre racine est déterminée à l'aide des formules de Viète.
  3. Il est montré que pour tous au-dessus d'un certain cas de base, tel que soit un entier. Ainsi, nous pouvons remplacer avec et répéter ce processus jusqu'à ce que nous arrivions au cas de base.
  4. La déclaration est prouvée pour le cas de base, et comme est resté constant à travers ce processus, cela suffit à prouver l'énoncé de départ.

Exemple

Soient et des entiers naturels tels que divise . Montrer que .

On présente ici les étapes de résolution comme suggéré dans la présentation ci-dessus. Une solution plus détaillé sera donnée plus loin.

1 Si , doit diviser donc et . Donc, sans perte de généralité, supposons que .

2 Soit . En supposant et fixés, on peut réarranger l'expression et remplacer par une variable pour obtenir . L'une des racines est , donc l'autre peut s'écrire, par les formules de Viète .

3 La première équation dit que est un entier et la seconde qu'il est positif. Parce que , sous réserve que .

4 Le cas de base auquel nous arrivons est le cas où . Pour que cela satisfasse la condition donnée, doit diviser , rendant égal soit à soit à . Le premier cas est éliminé parce que . Dans le second cas, . Puisque est constant, cela suffit pour montrer que sera toujours égal à .

Exemple (OIM, 2007)

Soient et des entiers strictement positifs. Montrer que si divise , alors .

Il est difficile de voir comment appliquer le saut de Viète directement car il n'y a pas de moyen facile pour « sauter » de la solution à . La question suggère que serait une quantité importante à considérer. Supposons que vérifie la condition, avec , notons que :

Fixons . On veut considérer toutes les solutions entières strictement positives de . Soit la solution avec minimal, et supposons sans perte de généralité que . Considérons l'équation du second degré :

Cette équation admet deux racines et . D'après la minimalité de on a : , i.e., , en contradiction avec .

Exemple (Chine)

Déterminer tout les entiers pour lesquels il existe des entiers strictement positifs et vérifiant :

Soit un nombre fixé et considérons les solutions de l'équation avec , . Parmi ces solutions on choisit celle telle que est minimale. Si on peut montrer que , alors , d'où et, comme , alors ou .

On va montrer que . On suppose, par l'absurde, que , et notons que est racine de , i.e.,

Si est l'autre racine, alors par les formules de Viète et . D'où, . Comme , il s'ensuit que et ainsi . Par conséquent, la paire est aussi une solution de l'équation. Comme est la solution avec minimale, alors , d'où , ce qui implique . Contradiction avec . En conclusion, .

Exemple

Soient et des entiers strictement positifs tels que est un entier. Montrer que .

Soit une paire d'entiers strictement positifs telle que . En partant de cette solution, on va trouver une autre solution d'entiers strictement positifs telle que . Supposons que et posons :

Alors, est une racine de , et si est l'autre racine, alors par les formules de Viète on sait que :

D'après l'équation on déduit que est un entier ; et d'après l'équation on déduit que car et . D'où et, comme sont des entiers avec , il s'ensuit que , de sorte que , et par conséquent . On a ainsi trouvé une autre solution telle que . Ce processus peut être poursuivi et nous pouvons trouver une autre solution d'entiers strictement positifs telle que la somme est inférieure à la somme des éléments de la solution précédente.

Puisque ce processus ne peut pas se produire une infinité de fois, nous devons obtenir une solution telle que . Ainsi :

d'où , et on en déduit que .

Exemple

Soient des entiers non nuls tels que est un entier. Montrer que :

Considérons le cas . Supposons que les entiers vérifient l'équation ; alors un au moins est strictement positif, et les deux autres sont tous les deux strictement positifs ou strictement négatifs. On peut supposer, sans perte de généralité, que les trois nombres sont strictement positifs.

Montrons maintenant que les trois nombres sont deux à deux distincts. Supposons que , alors , d'où . Par suite est un carré parfait et donc il existe un entier tel que . En substituant la valeur de dans l'équation on obtient : , i.e., . Maintenant, , donc , et ceci implique que divise , d'où . Dans les deux cas , contradiction avec . On a ainsi prouvé que sont deux à deux distincts. Supposons alors que . Le triplet est aussi solution de l'équation , avec un entier strictement positif car et .

Considérons maintenant le polynôme . Les racines de ce polynôme sont et , de plus :

Le signe de est négatif entre les racines, donc est compris entre et , et comme , alors . Donc

En continuant ce procédé, on construit une suite strictement décroissante d'entiers strictement positifs, c'est impossible, donc pas de solutions pour .

Supposons maintenant que . Supposons que avec entiers. Comme est pair, les nombres ne sont pas tous impairs. Si, exactement, un d'entre eux est pair, alors modulo on a : , une contradiction. Par conséquent les trois nombres sont pairs, et donc , ainsi . Cette dernière équation correspond au cas , et il n'y a pas de solutions entières dans ce cas à l'exception de . Donc, pour , on a .

Pour , une solution est , et pour on considère les multiples de pour se ramener au cas .

Saut de Viète (interprétation géométrique)

Le saut de Viète peut être décrit en termes de points sur une hyperbole. Le processus de recherche de racines de plus en plus petites est utilisé pour trouver des points de l'hyperbole tout en restant dans le premier quadrant. La procédure est la suivante :

  1. À partir de la condition donnée, on obtient l'équation d'une famille d'hyperboles inchangées par l'échange de et tels qu'elles soient symétriques par rapport à la droite d'équation .
  2. Prouver la proposition désirée pour les intersections des hyperboles et de la droite .
  3. Supposons qu'il y a un point sur une hyperbole et sans perte de généralité . Ensuite, par les formules de Viète, il existe un point correspondant avec la même abscisse, situé sur l'autre branche de l'hyperbole, et par réflexion par rapport à un nouveau point sur la branche d'origine de l'hyperbole est obtenu.
  4. Il est montré que ce processus produit des points de plus en plus bas sur la même branche et peut être répété jusqu'à ce que certaines conditions (par exemple ) soit vérifiées. Enfin, en remplaçant cette condition dans l'équation de l'hyperbole, la conclusion souhaitée sera prouvée.

Exemple (OIM, 1988)

Soient et des entiers strictement positifs tels que divise . Montrer que est un carré parfait.

1 Soit avec fixé. Alors représente un point du réseau situé sur l'hyperbole d'équation .

2 Si nous trouvons , qui est une solution triviale.

3 Soit un point du réseau situé sur l'hyperbole , et supposons que , i.e. que le point est sur la branche supérieure. En appliquant les formules de Viète, est un point situé sur la branche inférieure de . Ainsi, par réflexion, est un point du réseau sur la branche d'origine. Ce nouveau point a une ordonnée plus petite, et est donc en dessous du point d'origine. Puisque ce point est sur la branche supérieure, il est encore au-dessus de .

4 Ce processus peut être répété. À partir de l'équation de , il n'est pas possible que ce processus se déplace dans le deuxième quadrant. Ainsi, ce processus doit se terminer en et en substituant, nous avons qui est un carré parfait.

11.6 Coefficients binomiaux

On rappelle que pour des nombres complexes, et on a :

, , avec la convention .

Les entiers naturels sont appelés coefficients binomiaux.

Propriétés :

  • ,
  • Si est un nombre premier, alors ,
  • Formule de Vandermonde :

Exemple

Soit un entier impair. Montrer que l'ensemble contient un nombre impair d'entiers impairs.

Si le résultat est clair. Supposons que et posons :

Alors

Comme est impair, alors la somme contient un nombre impair d'entiers impairs.

Exemple (Iran)

Montrer que pour toute paire , l'entier admet une représentation unique de la forme

avec .

On commence par montrer l'unicité. Supposons que peut être représenté avec deux suites et . On cherche le premier terme où elles différent, supposons que c'est , i.e. . Alors :

une contradiction.

Pour montrer l'existence, on va utiliser un algorithme « à la Euclide ». On trouve le plus grand tel que , et on applique le même algorithme avec et remplacés par et . On doit juste s'assurer que la suite obtenue est décroissante, or ceci découle du fait que , et ainsi .

Exemple (Olympiade Balkanique)

On considère la suite

Montrer que, modulo 2002, cette suite est périodique.

Montrons que, modulo , la suite admet pour période . En effet :

Exemple

Soit un nombre premier. Montrer que .

On utilise la formule de Vandermonde avec , alors on obtient :

On a , et pour . Donc, chacun des termes restants dans le membre de droite est divisible par . Par suite, le coefficient est congru à modulo .

Exemple (Roumanie)

Soient et deux entiers strictement positifs arbitraires. Montrer qu'il existe des entiers strictement positifs

tels que :

Pour fixé, on choisit tel que soit un nombre impair, ceci est possible puisque :

  • si est impair : on prend
  • si est pair : on prend .

Comme est un nombre impair, alors on l'écrit sous la forme : . On utilise ensuite l'identité :

pour obtenir

Notons que et , ce qui donne la représentation souhaitée.

11.7 Théorème de Lucas

Soient un entier, et un nombre premier. L'écriture de en base est donnée par :

avec et .

Théorème de Lucas (1878)

Soit tel que . Si

avec , alors :

On utilise les conventions et si .

Démonstration

On sait que pour , d'où

Donc, par récurrence on déduit que pour :

Maintenant :

Le coefficient de dans le développment de est . D'autre part, comme , le coefficient de est le coefficient de , qui est égal à . Par conséquent

Exemple

Soit . Montrer que le nombre de pour lesquels est impair est une puissance de .

En base on a : avec pour tout . Donc, pour tout on a par le théorème de Lucas :

Donc, est impair si, et seulement si, pour chaque . Soit le nombre des égaux à , alors les valeurs de pour lesquels est impair est obtenu en prenant ou pour chacune des valeurs de telles que , et pour les autres valeurs de . Donc, il y a valeurs de dans pour lesquels est impair. Finalement, notons que pour , n'est jamais impair, d'où le nombre de pour lesquels est impair est égal à , qui est une puissance de .

Exemple (Biélorussie)

Déterminer les entiers tels que est pair pour .

On se propose de montrer que avec entier naturel.

Supposons que , et . Pour tous avec , chaque terme est égal à , par suite . Ceci implique que est une puissance de deux. Sinon, soit et

Donc, est impair, une contradiction.

Réciproquement, supposons que pour un certain . Pour , il y a au moins un dans l'écriture binaire (en base ) de (on ne compte pas les zéros inutiles). Chaque fois qu'il y a un dans l'écriture binaire de , il y a un dans le chiffre correspondant de . Donc, le nombre correspondant est égal à , et par le théorème de Lucas, est pair.

Exemple (Roumanie)

Montrer que les coefficients , sont tous pairs et que, exactement un d'entre eux, n'est pas divisible par .

Tous les sont pairs car et pour . De l'égalité précédente, il s'ensuit aussi que est un multiple de pour différent de . Pour on a :

Or, par le théorème de Lucas on déduit que est impair puisque contient seulement des dans son écriture en base et si ou . Le problème est ainsi résolu.

Exemple

Soit un nombre premier impair. Déterminer les pour lesquels les coefficients binomiaux sont tous divisibles par .

Soient et les écritures de et de en base . D'après le théorème de Lucas on sait que

Si , la propriété est clairement vérifiée. Supposons, par l'absurde, que . Si , et en posant , on a :

contradiction. En conclusion, les entiers sont solutions du problème.

11.10 Polynômes cyclotomiques

Définition

Soit un entier naturel non nul. On appelle -ème polynôme cyclotomique le polynôme défini par :

De façon équivalente, est défini aussi par :

Les cinq premiers polynômes cyclotomiques sont donnés par :

Proposition

On a les propriétés suivantes :

  1. est la fonction indicatrice d'Euler.
  2. est à coefficients entiers.
  3. est irréductible sur .
  4. Pour tout on a : .
  5. Si , , alors pour tout nombre premier tel que on a : ou .
  6. Si est un nombre premier et , alors pour tout nombre premier tel que on a ou .
  7. Soient et tel que . Alors, il existe tel que , avec premier. De plus, , .
  8. Chaque facteur premier de , , est de la forme ou est un diviseur de et de .

Pour la démonstration de ces propriétés, on renvoie le lecteur vers n'importe quel livre d'algèbre supérieure. On passe directement aux exemples et applications.

🔑 Formules clés à retenir

  • Théorème de Zsygmondy : pour premiers entre eux, a un facteur premier ne divisant aucun pour (sauf cas exceptionnels).
  • Théorème de Mihăilescu (Catalan) : avec entiers ⇒ unique solution .
  • Théorème de Dirichlet : pour , il existe une infinité de premiers .
  • Théorème de Thue : forme limite des solutions entières d'équations diophantiennes.
⚠️

Astuces & Pièges à éviter

Les erreurs classiques — à lire avant les exercices !

  • Reconnaître la patte : ces théorèmes sont des "silver bullets" pour des familles spécifiques d'équations.
  • Combiner avec LTE : ces deux outils se complètent bien.
  • Estimer plutôt que calculer : pour les grandes valeurs, une borne suffit souvent.
  • Recherche systématique : pour les problèmes à petite échelle, énumérer les cas peut être plus rapide qu'un théorème.

Questions fréquentes

Comment réviser le chapitre Méthodes et techniques avancées en Olympiades de Mathématiques ? +

Commence par le résumé de cours et les formules clés, puis entraîne-toi sur les exercices corrigés pour vérifier ta compréhension, et termine par un examen blanc chronométré.

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Pour aller plus loin